5 ans de l’Accord de Paris : Réunion « Finance climat, perspective neutralité carbone 2050 » [pt]

Communiqué de la présidence de la République et propos de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à l’occasion de la réunion "Finance climat, perspective neutralité carbone 2050" du 12 décembre 2020.

Communiqué de la présidence de la République (Paris, 12/12/2020)

A l’occasion du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris, le Président de la République a organisé la Réunion "Finance climat, perspective neutralité carbone 2050", qui s’est tenue le 12 décembre 2020 en présence de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, et Mme Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat à l’Economie sociale, solidaire et responsable.

Le Président de la République a fait de la finance durable une priorité de son action internationale sur le climat. En décembre 2017, deux ans jour pour jour après l’Accord de Paris, le premier Sommet One Planet, visait à ancrer les enjeux climatiques au coeur du système financier et des décisions des acteurs de l’écosystème. Trois ans et trois sommets One Planet plus tard, plus de la moitié de la quarantaine de coalitions et d’initiatives très concrètes qui ont vu le jour dans ce cadre relèvent cet objectif.

Cette réunion a permis de faire un bilan et de déterminer les prochaines étapes des principales initiatives soutenues par la France dans le cadre des Sommets One Planet. Six initiatives ont été présentées :

  • la coalition relative à la mise en oeuvre des recommandations de la Task Force on climate related financial disclosures (TCFD) ;
  • le réseau des superviseurs et régulateurs de marchés pour une finance durable (NGFS) ;
  • la coalition d’investisseurs privés "Climate Action 100+" ;
  • la "Net-Zero Asset Owners Alliance" ;
  • la coalition "Finance in Common" qui rassemble des banques publiques de développement ;
  • l’initiative "Subnational climate fund" qui développe des méthodes de partenariat public-privé.

Au total, ces coalitions d’acteurs représentent ainsi plus de 300 acteurs publics (régulateurs, superviseurs, banques publiques) et plus de cinquante mille milliards de dollars d’actifs gérés de par le monde, engagés pour un alignement progressif de l’économie sur la trajectoire 1,5 degré C de l’Accord de Paris.

Conjointement avec le Président de la République, le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, responsable de la réglementation financière, appelle à l’amélioration des informations sur les enjeux du réchauffement climatique par les entreprises et les investisseurs.

Le Président de la République a annoncé au cours de cette réunion que l’intégralité des grandes entreprises françaises constituant le CAC 40 reconnaissent désormais les recommandations de la TCFD comme une référence et travaillent à l’approfondissement de leur mise en oeuvre. Avec une intégration plus ou moins avancée, ce référentiel sera utilisé par toutes les entreprises du CAC 40 à partir de 2021, les dernières entreprises ne l’utilisant pas s’étant engagées à le faire dans leurs prochains rapports annuels./.

Propos de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 12/12/2020)

Merci d’être présents,

Madame la Ministre, Monsieur le Président,

Madame le Maire, Madame la Coprésidente,

Je dois vous dire que c’est avec beaucoup de plaisir qu’avec Barbara Pompili nous vous accueillons ici au Quai d’Orsay, cinq ans jour pour jour après la signature à Paris de cet accord historique, par lequel la communauté internationale a pris ses responsabilités, a pris ses engagements à l’égard des générations futures.

Cet Accord est devenu l’une des réussites les plus emblématiques du multilatéralisme. Et je le rappelle avec d’autant plus de solennité que la partie était loin d’être gagnée. L’Accord de Paris, c’est en fait, l’aboutissement d’un combat français que vous avez su mener avec talent, cher Laurent Fabius. Je veux y insister parce que votre mobilisation a été totale, j’étais d’ailleurs proche de vous, même physiquement, à ce moment-là, et j’ai pu le constater et le vivre. Je tiens également à saluer votre engagement, chère Laurence Tubiana et votre détermination qui a été essentielle pour le succès de la COP21.

C’est un combat français, mais l’Accord de Paris, c’est également l’aboutissement d’un combat fondamentalement européen. L’Europe avait, dès l’automne 2014, montré la voie. Et de nouveau, l’Europe témoigne de son rôle d’entraînement, avec l’accord hier au Conseil européen, d’une baisse d’au moins 55% des émissions en gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Cette décision aura un rôle moteur à la veille de l’année 2021, l’année des trois COP : climat, biodiversité, désertification, année qui sera décisive pour l’avenir de la planète.

Je rappelle tout cela avec une certaine gravité parce qu’il nous a fallu, au cours de ces cinq dernières années, défendre contre vents et marées les acquis de 2015. Nous y sommes parvenus, notamment grâce aux acteurs locaux, je pense notamment à l’action déterminante des villes, notamment du C40, chère Anne Hidalgo.

Aujourd’hui, l’horizon semble sur le point de s’éclaircir puisque une lueur s’est allumée de l’autre côté de l’Atlantique.

Je le dis enfin avec la conviction que l’Accord de Paris demeure notre meilleure boussole dans les tempêtes qui bouleversent notre présent et face à celles qui menacent l’avenir.

Cette rencontre d’aujourd’hui, nous l’avons souhaitée avec ma collègue, Barbara Pompili, nous avons souhaité qu’elle soit, non pas seulement un moment de célébration, mais essentiellement un moment de remobilisation. 2020 aura été l’année d’une crise pandémique que personne n’aurait pu anticiper, en même temps que l’année des plus grandes confirmations d’inquiétude, sans doute l’année la plus chaude jamais enregistrée, nous le saurons bientôt avec certitude, l’année où le mercure aura grimpé jusqu’à 38 degrés en Sibérie, l’année où la superficie de la banquise arctique aura réduit comme une peau de chagrin, l’année où un brutal record de trente tempêtes majeures aura frappé l’Atlantique, l’année où, vous le savez, les chercheurs auront constaté une accélération de la fonte du permafrost.

Regardons la réalité en face, notre planète n’est plus en sursis, elle a désormais basculé dans l’état d’urgence.

C’est le sens du sommet de l’ambition climatique qui s’ouvrira dans quelques heures, sous la présidence de la France, du Royaume-Uni et des Nations unies, en partenariat avec l’Italie et le Chili. Des chefs d’Etat et de gouvernement y porteront, il le faut, de nouvelles annonces, qui ouvriront la voie au relèvement de notre niveau d’ambition collectif, un niveau d’ambition collectif qui doit impérativement se produire à la COP26 de Glasgow.

Je vous remercie d’avoir répondu présent à notre invitation, que vous soyez ici au Quai d’Orsay, ou simplement connectés avec nous. Nous sommes réunis, ce matin, pour croiser les perspectives de la communauté scientifique, de la société civile, des collectivités, de la jeunesse, des entreprises, avec les regards de ceux qui furent les deux grands architectes de la COP21, Laurent Fabius et Laurence Tubiana.

Nous sommes réunis à la fois pour mesurer le chemin parcouru, mais surtout pour apprécier l’immense effort qu’il nous reste à accomplir ; nous sommes réunis pour nous dire ensemble, tout ce que cet anniversaire signifie pour nous aujourd’hui, et surtout, les voies de la remobilisation.

Je vous remercie.

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Chers amis, comme vous le savez, l’année 2020 marque un autre anniversaire que celui des 5 ans de l’Accord de Paris, ce sont les 75 ans de l’ONU ; et je crois que l’on peut dire qu’il y a une forme d’écho entre ces deux anniversaires, parce que l’Accord de Paris, au coeur d’une conférence onusienne, c’est le lancement aussi d’un nouveau modèle du multilatéralisme.

L’Accord de Paris, c’est la naissance d’un multilatéralisme de l’urgence collective. Pas uniquement un multilatéralisme du droit, ça l’est ; pas uniquement un multilatéralisme des institutions, ça l’est ; mais un multilatéralisme du combat, aux prises avec les défis globaux auxquels nous sommes désormais tous confrontés.

Et puis, ce nouveau modèle de multilatéralisme, c’est aussi, on l’a dit à plusieurs reprises au cours de cette rencontre, un multilatéralisme de l’inclusion, ouvert à tous les acteurs, au-delà des seuls Etats. Ce sont les maires de villes, ce sont les associations, ce sont les entreprises. Cette méthode nouvelle, elle doit désormais être étendue dans tous les domaines, à toutes les échelles, dans toutes les conférences, que ce soit pour lutter contre le Sida, ou pour inventer des solutions sur la Méditerranée ; bref, le nouveau multilatéralisme doit associer à chaque étape l’ensemble des acteurs concernés, on l’a redit tout à l’heure.

Ce nouveau multilatéralisme, créé par l’Accord de Paris, c’est aussi un multilatéralisme qui est à l’écoute des scientifiques. Cela a été le cas pour l’Accord de Paris, qui s’appuie sur les travaux du GIEC, mais c’est en ce moment le cas aussi pour la pandémie, puisque désormais, est en train d’être créé un conseil d’experts de haut niveau qui s’appelle "Une seule santé", un peu le GIEC de la santé, qui permet aux décideurs politiques d’appuyer leurs décisions sur le dernier état de la science pour agir.

Ce nouveau multilatéralisme initié par les accords de Paris, c’est aussi un multilatéralisme transversal, capable d’embrasser toutes les dimensions d’une question pour mieux y répondre ; en l’occurrence, là, les trois piliers que sont l’atténuation des changements climatiques, l’adaptation et leurs conséquences, mais aussi l’adéquation des flux financiers à ces objectifs.

Ce nouveau multilatéralisme, c’est aussi le multilatéralisme du concret, porteur d’une exigence de résultat, avec des rendez-vous. C’était le cas en 2015 et c’est aussi le cas maintenant puisque l’objectif de la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle a été fixé, c’est un autre rendez-vous.

Ce nouveau multilatéralisme, c’est aussi un multilatéralisme dans lequel les Européens sont pleinement engagés. Les Européens ont été au rendez-vous de 2015, ils ont montré hier qu’ils étaient aussi au rendez-vous des nouvelles échéances, avec en plus le Pacte vert dont nous a parlé le Haut représentant Josep Borrell. Au fond, ce qui est en train de se passer, depuis l’Accord de Paris, c’est la naissance d’un multilatéralisme des biens communs. Et ce multilatéralisme nouveau est le nôtre aujourd’hui. Je pense, Laurent Fabius et Laurence Tubiana, qu’au-delà même de l’accord sur le climat, c’est une nouvelle méthode, un nouveau concept qui a été initié. Le multilatéralisme climatique, dont l’Accord de Paris est le creuset, c’est le premier point d’orgue du nouveau multilatéralisme ; c’est en quelque sorte la matrice du nouveau multilatéralisme et c’est cette nouvelle figure de l’action internationale qu’avec Heiko Maas, en s’appuyant sur la méthode de l’Accord de Paris, nous essayons d’initier, avec un succès qui croît de jour en jour et qui, je l’espère, avec la nouvelle administration américaine, remportera des résultats encore supérieurs. Merci.

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Ce sera une conclusion très brève puisque l’essentiel de cette manifestation était non seulement de marquer l’anniversaire, mais de nous remobiliser et d’être en ligne directe sur l’échéance de Glasgow, de la COP26, et Alok Sharma qui nous entend, je tiens à vous dire que nous avons bien pris en compte votre détermination, votre ambition pour ce résultat, et que nous serons à vos côtés pour aboutir à l’objectif que nous nous sommes fixés, que vous vous êtes fixé. Ce qui est clair, c’est que l’enjeu de la lutte contre le dérèglement climatique n’est pas un sujet parmi d’autres, c’est LE sujet, c’est la priorité absolue, car il y va de l’avenir de notre planète. Et je dois dire, Mesdames et Messieurs, que vous pouvez compter sur la diplomatie française pour continuer à porter cette exigence majeure en Europe et dans le monde dans les mois qui viennent pour que Glasgow soit un grand succès./.

Dernière modification : 16/12/2020

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